Nue-propriété et usufruit : deux droits pour un seul bien

août 13, 2026

Un même bien peut appartenir juridiquement à deux personnes différentes, chacune détenant une part distincte du droit de propriété. C’est le principe du démembrement, qui sépare l’usufruit de la nue-propriété. Comprendre ce que peut faire chacun des deux titulaires, et ce qu’il doit payer, évite bien des malentendus lorsqu’une donation, une succession ou un viager crée cette situation.

Deux droits distincts issus d’un seul bien

La pleine propriété d’un bien regroupe classiquement trois prérogatives : l’usage, la perception des revenus qu’il génère, et le droit d’en disposer, c’est-à-dire de le vendre ou de le transformer. Le démembrement consiste à répartir ces prérogatives entre deux personnes. L’article 578 du Code civil définit l’usufruit comme le droit de jouir d’un bien appartenant à autrui, comme le ferait le propriétaire lui-même, mais à charge d’en conserver la substance. L’usufruitier réunit ainsi l’usage et la perception des revenus.

La nue-propriété, elle, correspond à ce qui reste une fois l’usufruit détaché : le droit de disposer du bien, sans pouvoir ni l’occuper ni en percevoir les fruits tant que l’usufruit est en cours. Le nu-propriétaire possède donc les murs, au sens juridique, mais pas leur usage immédiat. Ces deux droits ne sont pas figés indéfiniment l’un à côté de l’autre : à l’extinction de l’usufruit, ils se reconstituent automatiquement en une pleine propriété entre les mains du nu-propriétaire, sans formalité ni fiscalité supplémentaire.

Ce que peut faire, et ne peut pas faire, l’usufruitier

L’usufruitier peut occuper le logement, le louer et encaisser les loyers, ou encore percevoir les intérêts d’un placement financier démembré. Ce droit de jouissance est large, mais il n’est pas absolu. L’usufruitier ne peut pas vendre le bien, l’hypothéquer ou le transformer substantiellement sans l’accord du nu-propriétaire, précisément parce que ces actes engagent la substance même du bien, qui appartient à l’autre partie.

En contrepartie de cette jouissance, l’usufruitier supporte les réparations d’entretien courantes, celles qui maintiennent le bien en bon état sans en modifier la structure : peinture, plomberie, chaudière, petites réparations diverses. Il assume également, dans la plupart des situations, la taxe foncière et les charges de copropriété courantes, bien que ce partage puisse être aménagé par convention entre les parties.

Ce que peut faire, et ne peut pas faire, le nu-propriétaire

Le nu-propriétaire dispose du droit de vendre sa part de propriété, de la donner ou de la léguer, mais il ne peut ni occuper le bien ni en percevoir un quelconque revenu tant que l’usufruit court. Vendre le bien en pleine propriété nécessite l’accord de l’usufruitier, puisque la vente porterait alors atteinte à son droit de jouissance.

En contrepartie de ce droit limité, le nu-propriétaire est tenu des grosses réparations, définies par l’article 606 du Code civil comme les travaux touchant à la structure du bâtiment : réfection des gros murs et des voûtes, rétablissement des poutres et des couvertures entières, remise en état des digues et des murs de soutènement. La jurisprudence a précisé cette distinction en qualifiant les grosses réparations comme celles qui intéressent l’immeuble dans sa structure et sa solidité générale, par opposition aux réparations d’entretien qui visent son maintien courant en bon état.

Qui paie quoi : une répartition légale, mais aménageable

Cette répartition des charges, fixée par les articles 605 et 606 du Code civil, ne s’applique qu’à défaut de convention contraire entre les parties. Un acte de donation ou une convention de démembrement peut parfaitement prévoir une répartition différente, par exemple en mettant l’ensemble des charges à la charge de l’usufruitier pendant la durée du démembrement, ce qui est fréquent dans les montages familiaux visant à limiter les obligations du nu-propriétaire, souvent plus jeune et moins en capacité financière d’assumer des travaux.

Un point mérite attention : si les grosses réparations deviennent nécessaires à cause d’un défaut d’entretien de l’usufruitier, la charge peut alors lui être transférée. Par ailleurs, la jurisprudence considère que l’usufruit constitue une charge réelle qui ne crée aucune obligation positive pour le nu-propriétaire : ce dernier ne peut donc pas être contraint par l’usufruitier à réaliser effectivement les grosses réparations, même s’il en supporte légalement le coût le jour où elles sont entreprises.

Comment naît le démembrement, et comment il s’éteint

Le démembrement de propriété survient le plus souvent dans trois situations. Lors d’une succession, le conjoint survivant peut opter pour l’usufruit de la totalité des biens du défunt tandis que les enfants reçoivent la nue-propriété. Lors d’une donation, un parent peut transmettre la nue-propriété d’un bien à ses enfants tout en conservant l’usufruit, ce qui lui permet de continuer à l’occuper ou à en percevoir les loyers tout en réduisant la base taxable de la donation. Enfin, dans une vente en viager, le vendeur devient usufruitier tandis que l’acheteur reçoit la nue-propriété.

L’article 617 du Code civil énumère les causes d’extinction de l’usufruit : le décès de l’usufruitier lorsqu’il s’agit d’un usufruit viager, l’expiration du temps fixé lorsqu’il s’agit d’un usufruit à durée déterminée, la réunion des deux qualités d’usufruitier et de nu-propriétaire sur une même personne, le non-usage du droit pendant trente ans, ou encore la perte totale du bien sur lequel il porte. Dans tous ces cas, le nu-propriétaire récupère alors automatiquement la pleine propriété, sans droits de succession ni de donation supplémentaires à acquitter sur cette reconstitution.

Ce mécanisme explique pourquoi le démembrement reste un outil aussi utilisé en organisation patrimoniale familiale : il permet de transmettre progressivement un bien tout en conservant, ou en accordant, un usage réel pendant une période donnée, à condition de bien anticiper la répartition des charges entre les deux titulaires.

FAQ

Quel est l’intérêt d’être nu-propriétaire ?

Être nu-propriétaire permet d’acquérir un bien à prix réduit, souvent 30 % à 50 % moins cher que sa valeur en pleine propriété, sans supporter la fiscalité ni les charges d’entretien courant. À la fin de l’usufruit, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien, sans droits ni taxes supplémentaires.

Qui est propriétaire, l’usufruitier ou le nu-propriétaire ?

Le nu-propriétaire est le véritable propriétaire du bien, mais sans pouvoir en jouir ni en percevoir les revenus. L’usufruitier détient seulement le droit d’utiliser le bien et d’en tirer les fruits, comme les loyers, sans en être juridiquement propriétaire.

Quels sont les inconvénients de l’usufruit ?

L’usufruit limite la marge de manœuvre de l’usufruitier, qui ne peut vendre ou transformer le bien sans l’accord du nu-propriétaire, tout en restant responsable de l’entretien courant et des charges. Il peut aussi générer des conflits entre les deux parties sur la gestion du bien.

  • Impossibilité de vendre ou transformer le bien sans l’accord du nu-propriétaire
  • Responsabilité des charges et de l’entretien courant
  • Risque de conflits avec le nu-propriétaire sur la gestion du bien
  • Aucune transmission de l’usufruit aux héritiers de l’usufruitier
  • Complexité de la répartition des charges fiscales entre les deux parties

Qui hérite au décès de l’usufruitier ?

Au décès de l’usufruitier, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien, sans droits de succession à payer sur cette réunion. L’usufruit s’éteint définitivement et ne se transmet pas aux héritiers de l’usufruitier, qui ne peuvent prétendre à aucune part du bien démembré.

Article Patrimonia

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