Donner un bien immobilier en gardant l’usufruit : une stratégie de transmission redoutablement efficace

avril 23, 2026

Transmettre un bien immobilier de son vivant tout en continuant à l’habiter ou à en percevoir les loyers, c’est exactement ce que permet la donation avec réserve d’usufruit. Ce montage, ancré dans le Code civil et encadré fiscalement par le Code général des impôts, est l’un des outils les plus utilisés en ingénierie patrimoniale. Encore faut-il en maîtriser les mécanismes pour en tirer pleinement parti.

La distinction fondamentale : usufruit et nue-propriété

Tout part d’un principe juridique simple. La pleine propriété d’un bien se décompose en deux droits distincts : l’usufruit, qui confère le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les fruits (loyers, par exemple), et la nue-propriété, qui constitue le droit de disposer du bien sans pouvoir l’utiliser ni en tirer des revenus.

Lorsqu’un propriétaire réalise une donation immobilière avec réserve d’usufruit, il transmet la nue-propriété à son bénéficiaire, généralement un enfant, tout en conservant l’usufruit pour lui-même jusqu’à son décès. À ce moment, l’usufruit s’éteint automatiquement et le nu-propriétaire devient plein propriétaire, sans avoir à payer le moindre droit supplémentaire. C’est cette extinction gratuite de l’usufruit qui constitue le coeur de l’avantage successoral.

Le barème fiscal de l’article 669 du CGI : comment se calcule la valeur taxable

Les droits de donation ne sont pas calculés sur la valeur totale du bien, mais uniquement sur la valeur de la nue-propriété transmise. Cette valeur dépend de l’âge de l’usufruitier au moment de la donation, selon le barème forfaitaire prévu à l’article 669 du Code général des impôts.

Ce barème fixe la valeur de l’usufruit par tranche d’âge décennale. Jusqu’à 20 ans révolus, l’usufruit est évalué à 90% de la pleine propriété, la nue-propriété ne valant que 10%. De 21 à 30 ans, l’usufruit représente 80%, la nue-propriété 20%. La proportion se rééquilibre progressivement avec l’âge : entre 51 et 60 ans, la nue-propriété est évaluée à 50%, et entre 71 et 80 ans, elle atteint 70% de la valeur du bien.

Pour un usufruit temporaire, la règle est différente : sa valeur est fixée forfaitairement à 23% de la pleine propriété par tranche de dix ans, quelle que soit l’âge du donateur.

Prenons un exemple concret. Un parent de 58 ans possède un appartement estimé à 400 000 euros. À cet âge, la nue-propriété représente 50% de la valeur du bien, soit 200 000 euros. C’est sur cette base de 200 000 euros que s’appliquent les droits de donation, après déduction de l’abattement applicable.

Les abattements : un levier à ne pas négliger

Les droits de donation sont calculés après application d’abattements dont le montant varie selon le lien de parenté. Entre un parent et chacun de ses enfants, l’abattement est de 100 000 euros, renouvelable tous les quinze ans. En faveur des petits-enfants, il est de 31 865 euros par donateur et par bénéficiaire. Pour les donations entre grands-parents et arrière-petits-enfants, il s’établit à 5 310 euros.

En reprenant l’exemple précédent, la nue-propriété taxable s’élève à 200 000 euros. Après application de l’abattement de 100 000 euros, la base imposable est ramenée à 100 000 euros. Les droits s’appliquent ensuite selon le barème progressif des donations en ligne directe, dont les taux vont de 5% jusqu’à 20 000 euros à 45% au-delà de 1 805 677 euros. Sur 100 000 euros, les droits dus s’établissent à environ 18 194 euros. Sans ce montage, les mêmes droits auraient été calculés sur 400 000 euros, soit une économie substantielle.

La loi de finances pour 2025 n’a pas modifié ces abattements ni ce barème. Les données ci-dessus sont en vigueur à la date de publication de cet article, mais une réforme de la fiscalité successorale est régulièrement évoquée dans les débats parlementaires : il est conseillé de vérifier leur actualité avant tout acte.

Les effets pratiques pour le donateur et le donataire

Le donateur conserve l’intégralité des droits d’un usufruitier : il peut habiter le bien ou le louer et en percevoir les loyers. Il reste redevable de la taxe foncière, des charges locatives et des grosses réparations étant, en principe, à la charge du nu-propriétaire selon l’article 605 du Code civil, sauf aménagement contractuel contraire.

Le nu-propriétaire, de son côté, n’a aucun droit sur les revenus du bien pendant toute la durée de l’usufruit. En contrepartie, la valeur du bien qu’il a reçu n’entre pas dans l’assiette de l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), puisque c’est l’usufruitier qui est redevable de cet impôt sur la totalité de la valeur du bien. C’est un avantage concret pour les donataires déjà soumis à l’IFI ou susceptibles de l’être.

Les précautions à prendre avant de se lancer

La donation avec réserve d’usufruit est un acte irrévocable. Une fois réalisée, le donateur ne peut pas reprendre la nue-propriété transmise, sauf dans des hypothèses très limitées prévues par la loi, comme l’ingratitude du donataire ou l’inexécution des charges. Il est donc impératif d’avoir une vision claire de ses besoins futurs, notamment en termes de liquidité, avant de procéder.

Par ailleurs, ce montage s’inscrit toujours dans une stratégie d’ensemble. L’impact sur la réserve héréditaire, la cohérence avec les autres donations déjà réalisées dans la période de rappel fiscal de quinze ans, l’articrage avec un éventuel démembrement de parts sociales ou de contrats d’assurance-vie, sont autant de paramètres qui peuvent modifier profondément le bilan final de l’opération. Un conseiller en gestion de patrimoine peut vous aider à simuler précisément l’économie fiscale réalisable selon votre âge, la composition de votre patrimoine et vos objectifs de transmission.

Article Patrimonia

Parce qu’un patrimoine se construit dans la durée, nous privilégions des relations solides, fondées sur la confiance et la continuité.