Depuis l’été 2024, une pièce de 20 centimes circule dans les caisses des commerces français avec, à son avers, le visage de Joséphine Baker. Certains y voient une curiosité numismatique, d’autres un placement providentiel annoncé à plusieurs milliers d’euros. Entre rareté réelle, engouement médiatique et fiscalité méconnue, il est utile de démêler ce qui relève du fait de ce qui relève du fantasme.
Une pièce née d’un hommage historique
La Monnaie de Paris a dévoilé en mars 2024 une nouvelle série baptisée « Femmes d’exception », destinée à remplacer la Semeuse en circulation depuis 1999. Trois figures ont été retenues parmi les femmes reposant au Panthéon : Simone Veil sur la pièce de 50 centimes, Marie Curie sur celle de 10 centimes, et Joséphine Baker sur la pièce de 20 centimes. Le choix n’est pas anodin.
Résistante, artiste et militante antiraciste, Joséphine Baker est devenue en novembre 2021 la première femme noire panthéonisée, une distinction rappelée sur la pièce elle-même. La mise en circulation progressive a démarré durant l’été 2024. La pièce est frappée en alliage nickel-laiton, mesure environ 21 à 22 millimètres de diamètre pour un poids compris entre 5,5 et 5,7 grammes selon les sources, ces écarts s’expliquant probablement par des séries différentes. Sa valeur faciale, elle, ne fait aucun doute : 20 centimes d’euro, ni plus ni moins.
Pourquoi cette pièce alimente-t-elle les fantasmes de valeur ?
C’est là que la prudence s’impose. Sur les plateformes de vente entre particuliers, on trouve des annonces affichant des prix allant de quelques euros à plusieurs centaines, voire jusqu’à 30 000 euros pour de très rares erreurs de frappe. Ces montants extrêmes concernent des cas exceptionnels et documentés d’anomalies de fabrication, pas la pièce standard que l’on reçoit en monnaie chez son commerçant.
Pour une pièce en état neuf, dite « fleur de coin », les estimations sérieuses tournent plutôt autour de 11 à 100 euros selon la qualité de conservation. Une pièce ayant circulé, marquée par l’usure, ne vaut généralement que sa valeur faciale de 0,20 euro. Il faut donc traiter avec méfiance les annonces à plusieurs centaines d’euros qui reflètent souvent une demande spéculative plutôt qu’une valeur numismatique établie.
Ce que révèle cet engouement sur les objets de collection
Cette pièce illustre un point que les conseillers en gestion de patrimoine rencontrent régulièrement : les objets de collection constituent une catégorie fiscale à part, encadrée par le Code général des impôts. La cession de biens meubles, dont font partie les pièces de monnaie de collection, peut relever du régime de la taxe forfaitaire sur les objets d’art, de collection et d’antiquité, prévue à l’article 150 VI du CGI, au taux de 6 pour cent (auquel s’ajoute la CRDS de 0,5 pour cent), applicable dès le premier euro de cession lorsque le montant excède 5 000 euros.
En dessous de ce seuil, la cession est exonérée. Le vendeur peut aussi opter, sur justificatifs de la date et du prix d’acquisition, pour le régime des plus-values sur biens meubles prévu à l’article 150 UA du CGI, avec un abattement de 5 pour cent par année de détention au-delà de la deuxième année, aboutissant à une exonération totale après 22 ans de détention. Ce choix mérite d’être posé au cas par cas, car il dépend largement de l’ancienneté de détention et du prix d’acquisition d’origine.
Une pièce, un symbole, un rappel patrimonial
Au fond, la pièce Joséphine Baker n’est pas un placement en soi. Sa valeur de collection reste marginale pour les exemplaires courants, et les promesses de gain affichées sur certaines annonces relèvent davantage du buzz que de la réalité du marché numismatique. Elle rappelle en revanche une règle utile : tout objet, même modeste en apparence, peut entrer dans le champ d’une fiscalité spécifique dès lors qu’il change de mains contre une somme significative.
Pour les collectionneurs occasionnels comme pour les investisseurs en objets de valeur, la question n’est jamais seulement celle du prix de vente, mais aussi celle du régime fiscal applicable et de la stratégie de détention la plus pertinente. C’est précisément sur ce type d’arbitrage, entre valorisation d’un actif atypique et optimisation fiscale, que l’équipe de Patrimonia Group accompagne ses clients au quotidien.